Garde à vue de Guyaweb : le Spiil dénonce des méthodes disproportionnées et une atteinte manifeste à la liberté de la presse

Le Spiil apporte son soutien à son adhérent Guyaweb à l’issue du placement en garde à vue de la directrice de la publication et d’un journaliste du média dans le cadre d’une enquête préliminaire portant sur la divulgation de l’identité d’un magistrat. Le Spiil dénonce des méthodes disproportionnées et une atteinte manifeste à la liberté de la presse.

Mercredi 17 juillet, à 8h30, Katia Leï-Sam Cléry, directrice de publication de Guyaweb, et Fred Farine, journaliste, étaient convoqués à la gendarmerie de Cayenne pour une garde à vue dans le cadre d’une enquête préliminaire confiée par le parquet de Fort de France pour « divulgation d’information personnelle permettant d’identifier ou de localiser une personne dépositaire de l’autorité publique et exposant à un risque direct d’atteinte à la personne ». 

Cette procédure vise un article publié en mars 2024, soit il y a plus de deux ans, dans lequel Guyaweb faisait mention de l’exfiltration d’un magistrat de Guyane, à la suite de menaces reçues par une bande armée brésilienne. 

Le Spiil dénonce avec la plus grande fermeté la disproportion de la procédure employée qui ne répond à aucun des impératifs légaux permettant de justifier une garde à vue. Le délai de convocation, plus de deux ans après l’article incriminé, est largement supérieur à la prescription applicable aux délits de presse (trois mois). 

De surcroît, la loi sur la liberté de la presse de 1881, si elle pose des limites et sanctionne, quand des impératifs de sécurité l’exigent, la révélation de l’identité de certains agents publics (fonctionnaires de police, militaires, agents des douanes), ne porte en aucun cas sur les magistrats. Pour ce qui est du code pénal, l’infraction constituée par la diffusion d’informations permettant d’identifier des personnes et de nature à porter atteinte à leur sécurité doit comporter un élément intentionnel : celui de nuire délibérément aux personnes concernées. Il ne fait aucun doute que Guyaweb n’a fait ici que son travail d’éditeur de presse, informer le public, sans chercher à nuire au magistrat concerné. 

Pour toutes ces raisons, le Spiil dénonce les méthodes abusives et sans fondement employées par les autorités, de nature à nuire à la mission fondamentale de tout média : informer librement. Il adresse son plein et entier soutien à Guyaweb et en particulier à Katia Leï-Sam Cléry et Fred Farine.