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    • #800697
      Pierre France
      Participant

      Publié par Pierre France

      Bonjour à tous,

      Suite à la JPEL, je partage avec vous une réflexion "à chaud". La question de la confiance est essentielle et on a bien vu qu'elle était complexe et que cette notion est relative.

      Pour autant, les débats ont vite tourné à une dichotomie "modèle payant = le bien", "modèle pub = le mal".

      Je comprends que le modèle pub a fait bcp de mal et continue de produire des aberrations dans bien des cas mais que fait-on de l'impératif démocratique qu'est l'accès à l'information ?

      Le modèle payant, s'il est vertueux, ne s'adresse qu'à une élite de citoyens. Même Médiapart, avec tout leur talent, ne s'adresse qu'à 150 000 abonnés sur 66 millions de citoyens.

      Avec le même ratio, Rue89 Strasbourg ne s'adresserait qu'à 1000 abonnés à Strasbourg. Quel impact peut-on espérer avec ça à l'échelle d'une agglomération ?

      Avec cette voie du journalisme de qualité financé uniquement par des abonnements, je crains qu'on ne déserte le terrain de l'information publique. Or elle est essentielle quand même. On risque d'avoir un paysage avec quelques centaines de personnes bien informées, les plus riches, et toute une partie de la population branchée aux pages Facebook, plus ou moins fake news et sans aucun moyen de contrebalancer ces infos.

      En outre, le modèle abonnés a un effet pervers, il déconnecte les rédactions de l'impératif d'être lus – à quoi bon se fatiguer puisque la publication est déjà vendue ? Quand on a un impératif d'audience, surtout avec un accès gratuit à l'info, on se confronte tous les jours à la réaction de sa communauté, et c'est essentiel pour savoir si on intéresse ou si on crie tout seul dans son coin…

      Bref, les questions de confiance dans les médias sont essentielles mais elles ne peuvent se réduire à des choix de modèles économiques, basés sur des visions très idéalisées des médias par leurs créateurs. Certains journalistes, dont ma pomme, considèrent qu'informer au delà des cercles habitués fait partie de leur métier, c'est même un peu comme une mission, et que pour avoir une chance dans cet univers déjà complexe, l'accès gratuit est essentiel.

    • #852251
      Olivier Guichardaz
      Participant

      Publié par Olivier Guichardaz

      <<Le modèle abonnés a un effet pervers, il déconnecte les rédactions de l'impératif d'être lus – à quoi bon se fatiguer puisque la publication est déjà vendue ? >>

      Avez-vous bien lu ce que vous avez écrit ?

      Je vous invite à passer en modèle "payant sur abonnement", à arrêter de vous fatiguer pour essayer d'être lu, et ensuite à nous rendre compte de l'évolution de votre chiffre d'affaires d'abonnement… 😉

    • #852250
      Laurent Mauriac
      Participant

      Publié par Laurent Mauriac

      Bonjour à tous,
      Je n’ai pas ressenti cette dichotomie dans les ateliers auxquels j’ai participé (je n’étais pas en plénière et je ne sais pas ce qui s’y est dit).
      Si ce que Pierre ressent est avéré, c’est bien sûr une erreur.
      Le Spiil a toujours été « agnostique » en matière de modèle économique et il n’a jamais été question, heureusement, de le remettre en question.
      Il me semble que nous nous devons avant tout de respecter les choix et les modèles de chacun.
      Amicalement.
      Laurent

      2017-12-19 10:32 GMT+01:00 Spiil :

    • #852249
      Spiil
      Maître des clés

      Publié par Yann Dubois

      J'adhère totalement à ce que tu dis Pierre. J'ai regretté également pendant la JPEL que certains intervenants expriment de façon un peu trop radicale l'idée selon eux définitive et sans appel qui voudrait que "la pub est l'ennemie de la qualité éditoriale", ou encore "toute publicité rend l'indépendance impossible". Ce sont à mon avis des pétitions de principe extrêmes, qui font fi de la réalité de modèles économiques beaucoup plus mixtes qui existent depuis toujours dans la presse IPG, y compris la plus démocratique et vertueuse, et ceci partout dans le monde. Les intervenants en question ne s'exprimaient heureusement pas au nom du Spiil, mais parfois un recadrage un peu plus ouvert aurait été le bienvenu pour éviter d'inscrire dans l'esprit du public des sentences au minimum contestables.

      Les chiffres que tu donnes pour la presse locale sont édifiants, et nous faisons exactement le même constat de la quasi-impossibilité mathématique de financer un média IPG local ou hyper-local par les abonnements seuls (où l'on comprend l'importance vitale des perfusions de subventions défendues bec et ongles par la presse locale papier). L'histoire a également montré les grandes difficultés qu'ont pu rencontrer certains de ceux qui s'y sont risqué.

      Je pense personnellement qu'il faut toujours rappeler que ce qui crée la confiance des lecteurs n'est pas le modèle économique ou la structure du média, mais avant tout ce qu'il publie au fil du temps. Quand j'achète un journal je n'achète pas un modèle économique. Il ne suffit pas d'avoir un modèle présumé vertueux pour produire automatiquement du contenu de qualité. Il n'y a aucun automatisme de principe modèle économique -> qualité ou modèle économique -> fiabilité. Prétendre cela c'est confondre théorie et pratique. Les journaux sur abonnement ou vendus à l'unité aussi proposent depuis toujours des contenus d'appels, marronniers, faits divers sensationnels, dans le but de séduire leurs acheteurs ou abonnés. Et je ne parle même pas des analyses politiques et chroniques pas toujours très objectives destinées à fidéliser un "noyau dur" d'abonnés inconditionnels qui se sentent flattés de lire ce qu'ils pensent déjà. Après tout, le manque d'indépendance intellectuelle d'une rédaction vis-à-vis de la communauté d'abonnés qui la fait vivre est peut-être également un risque 🙂

      Le modèle sur abonnement n'est en aucun cas à lui seul un gage de qualité. Ce qui compte est ce que l'on écrit, la ligne éditoriale qu'on tient et l'indépendance réelle constatée sur le long terme par les lecteurs, qui ne sont pas des théoriciens, et savent heureusement juger un média sur la qualité de ses contenus, en se souciant en général relativement peu du modèle économique qui le fait vivre.

      C'est évidemment le rôle du Spiil de faire de la pédagogie sur ces sujets, de dénoncer à juste titre ce qui doit l'être ou d'alerter sur les dangers potentiels de tel ou tel modèle en créant le débat, mais souhaitons que la diversité de fait des modèles reste représentée et respectée, et qu'on continue à éviter le manichéisme ou la caricature.

      Nous aussi à 94 Citoyens, nous continuons à penser que pour jouer au mieux le rôle qui est le nôtre, l'accès gratuit est essentiel.

    • #852248
      Spiil
      Maître des clés

      Publié par Alexis Nekrassov

      Très intéressante réflexion, Pierre ! Je partage ton analyse en ce qui concerne les publications visant le grand public. Mais hors de ce champ, dans les publications séctorielles, professionnelles, spécialisées (peu impôrte sur quoi) le modèle "sur abonnement" est le seul qui permet le développement du média. Parmi ceux qui se sont essayés à une approche différente, la plupart en sont revenus et d'autres survivent comme des suppléments publicitaires de quelques annonceurs arrogants, ou encore comme une "machine à ménages" sans crédibilité.

      Dans le domaine grand public tu as la chance de pouvoir compter sur un électorat large, ça permet un modèle économique différent dont nous autres sommes privés.

    • #852247
      Paul Turenne
      Participant

      Publié par Paul Turenne

       "Ce qui crée la confiance des lecteurs n'est pas le modèle économique ou la structure du média, mais avant tout ce qu'il publie au fil du temps" Oui, @Yann Dubois c'est très vrai. Après avoir analysé les points forts et les faiblesses de plusieurs pure players locaux, nous avons lancé Placegrenet.fr avec un modèle mixte mêlant abonnement et publicité, pour tirer profit des avantages de chacun des modèles. Nous avons un ton très libre reconnu au niveau local. En particulier, depuis que la Ville de Grenoble nous a coupé tous les budgets pub (depuis novembre 2016) suite à des articles ayant déplu…

      Après avoir eu la certitude qu'il s'agissait de mesures de rétorsion économique, nous avons joué la carte de la transparence auprès de nos lecteurs ⇒ https://www.placegrenet.fr/2017/05/03/quand-la-ville-de-grenoble-fait-pression-sur-un-media-puis-le-sanctionne/135625

      L'impact a été très important au niveau local et nous sommes paradoxalement sortis renforcés de cette crise. Bref, tout ça pour dire que rien n'est simple effectivement en matière de modèle économique et d'indépendance. Au final, c'est le résultat éditorial qui importe… et la survie économique du média.

    • #852246
      Spiil
      Maître des clés

      Publié par Didier Testot

      Merci Pierre pour ce débat, effectivement il n'y a pas un modèle, mais des modèles, d'autant que du côté de la pub çà bouge aussi avec les GAFA, et que la vidéo elle-même montre ses limites côté pub (preroll).

      Sur le fond, je pense que chaque media a son histoire, et un lien particulier avec ses lecteurs, auditeurs, spectateurs…La confiance, thème traité, implique de ne pas mentir à son audience, d'être transparent.

      Dans mon domaine, quand je vois les commentaires d'internautes sur la qualité du contenu vidéo (interview) produit, je pense que je remplis mon rôle. Et que le travail est payant en terme d'image. C'est un long fleuve pas tranquille, mais la marque quand elle est reconnue, devient un porte-drapeau, abonnés ou pas. Moi si je ne vis pas de la pub, c'est un choix assumé, je n'ai jamais cru aux bannières pub, et les preroll vont bientôt valoir peanuts avec la multiplication du nombre de vidéos. Surtout les régies publicitaires ne fonctionnent qu'au CPM. Jamais à l'engagement, alors qu'un internaute peut visionner une de mes vidéos + de 9mn ! Aucune régie ne sait rémunérer ce genre d'engagement.

      Je suis pour l'"ubérisation" des agences de pub, qu'une nouvelle agence se créée, ayant pour rémunération d'autres critères que le clic, sans parler des rafraichissements des sites "bidons", le jour on l'on passera à autre chose que le clic pour le clic, je reverrais ma copie;).

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