Position : Transparence et réorientation des aides

Aides au pluralisme : une indispensable réforme

Les éditeurs de presse indépendants, regroupés au sein du Spiil, s’insurgent contre l’exclusion des services de presse en ligne du champ des aides au pluralisme. Ils déplorent que les promesses de refonte de plusieurs ministres successifs n’aient toujours pas été suivies d’effets.

À l’heure où émerge un véritable pluralisme sur le numérique porté par la révolution des usages, le syndicat remet ainsi en cause la légitimité et l’efficacité des dispositifs actuels. Le Spiil considère que ces aides ont été dévoyées de leur objectif de politique publique en délaissant les nouveaux entrants et en excluant les citoyens les moins aisés.

Le syndicat appelle à faire de ces aides :

  •  un dispositif unique pour tous les supports ;
  • des aides à la création et non des rentes ;
  • des aides pour compenser une faille de marché dans le financement de la création de produits éditoriaux payants.

L’observation du marché révèle en effet une augmentation régulière du nombre de services de presse en ligne (Spel), qui représentent aujourd’hui 40% des titres de presse d’information politique et générale (IPG).

Pourtant, les aides publiques visant au maintien du pluralisme restent aujourd’hui encore réservées aux médias papier. En 2017, ce sont ainsi 17,27 millions d’euros qui ont été distribués à 311 titres.

Le fléchage des quatre fonds actuels, loin de permettre l’essor d’une presse nouvelle, génère une distorsion de marché et fausse les règles de concurrence entre des acteurs évoluant pourtant sur un même marché. En tournant le dos aux acteurs émergents, l’État réduit son action à des mesures court-termistes là où le bouillonnement entrepreneurial de l’écosystème de la presse appelle à une refonte globale des dispositifs afin d’appuyer un secteur tourné vers l’innovation.

De plus, le marché des médias connaît depuis plus de vingt ans une révolution des usages. La presse se lit désormais majoritairement sur les écrans. Le numérique devient même le mode de consommation quasi exclusif d’une partie de la population, en particulier les jeunes et les citoyens aux revenus les moins élevés. En continuant d’exclure les Spel du champ des aides au pluralisme, l’État concentre son aide sur les catégories de population qui en ont le moins besoin.

Le Spiil appelle ainsi l’État à prendre acte de ces évolutions et à réformer les aides au pluralisme pour les ouvrir au numérique. Le syndicat propose depuis plusieurs années au ministère de la Culture une refonte des aides au pluralisme qui s’appuie sur trois principes :

  • La concentration des quatre dispositifs actuels en un dispositif unique, sans discrimination de support, et non l’ouverture d’un cinquième guichet réservé aux Spel, afin de corriger la distorsion de marché, d’adapter les aides à l’évolution réelle des usages et d’éviter les biais incitant les entrepreneurs à se tourner vers des usages en déclin ;
     
  • Une aide à la création et l’émergence d’entreprises de presse, limitée dans le temps, afin d’éviter les effets de rente qui détournent les aides de leur objectif premier ;
     
  • Une aide pour compenser une faille de marché dans le financement de produits éditoriaux payants, considérant que le modèle économique de l’abonnement favorise l’indépendance pérenne.

Le Spiil publie sur son site le détail de ses propositions.