Position : Fonds Google

Digital News Initiative : ne pas reproduire les erreurs du Fonds Google-AIPG

Paris, le 30 avril 2015. - Google a annoncé le 28 avril que le Fonds pour l’innovation numérique de la presse (FINP) Google-AIPG laisserait place à un nouveau fonds de soutien à l’innovation dans le cadre du Digital News Initiative. Ce nouveau fonds, de dimension européenne, sera doté de 150 millions d’euros sur trois ans. Ses modalités de fonctionnement restent à préciser.

Le Spiil se réjouit de la fin annoncée du Fonds Google-AIPG et des objectifs affichés par le nouveau dispositif européen, qui semblent tirer la leçon des erreurs du schéma français du FINP. 

1. S’ouvrir à l’ensemble de la presse numérique
Le Digital News Initiative annonce sélectionner non plus selon le statut du porteur du projet, mais selon le projet lui-même. Cela répond à une critique constante du Spiil à l’égard du FINP.
En effet, le Fonds Google-AIPG n’accepte que les porteurs de projet ayant un service de presse en ligne reconnu Information politique et générale (IPG) par la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP). Il en retient de plus une définition très restreinte, en refusant les services consacrés pour une large part à l’IPG au sens de l’article A39bis du Code général des impôts. 
Le Spiil rappelle que le critère IPG et les discriminations qui y sont associées sont un dispositif unique en Europe.

Cette exclusion des éditeurs non IPG du FINP crée des distorsions de concurrence illégitimes. Comme le Spiil l’a démontré, la distinction traditionnelle en presse papier entre titres IPG et titres non IPG n’a plus de sens dans le numérique, où la concurrence se fait entre des pages web, et non des titres. Ainsi, des éditeurs membres du Spiil se sont vus refuser le cofinancement de leur projet par le FINP, au prétexte que leur titre n’était pas IPG, alors que d’autres éditeurs ont vu des projets concurrents cofinancés par le FINP.

Le "journalisme de grande qualité" que Google indique vouloir encourager n'est pas l'apanage de la presse IPG. Si cette forme de presse est souvent la plus visible, elle ne représente pourtant qu’une minorité de journalistes en activité. Le Spiil encourage Google à inclure dans sa vision du journalisme numérique l’ensemble des familles de presse, et notamment la presse spécialisée, la presse locale et la presse de divertissement. 

Cette exclusion est aussi contre-productive. Les sites IPG n’ont pas le monopole de l’innovation numérique, et des innovations bénéfiques à tout le secteur de la presse peuvent au contraire émaner d’acteurs plus spécialisés. La spécialisation est même un ressort prometteur de la consolidation des modèles économiques de la presse numérique.

2. Ne pas reproduire une gouvernance exclusive et porteuse de conflits d’intérêts
Le FINP est marqué par une cogestion entre Google et l’AIPG, une association non représentative de la diversité de la presse car ne représentant que les groupes de presse généraliste papier.
Sa gouvernance présente en outre une situation de conflit d’intérêt structurel. Ainsi, plusieurs représentants d’entreprises de presse bénéficiant elles-mêmes des soutiens du Fonds sont au conseil d’administration du Fonds. Cette situation est en contradiction complète avec les standards de gouvernance classiques tels qu'ils sont pratiqués dans les fonds de dotation.
Le Spiil encourage Google à établir une gouvernance du Digital News Initiative qui ne le transformera pas en guichets nationaux cogérés avec les éditeurs partenaires.

Le Spiil exercera une vigilance constante sur la création puis le fonctionnement de ce nouveau fonds, pour s’assurer que sa pratique soit cohérente avec l’objectif affiché par Google de "soutenir un journalisme de grande qualité par la technologie et l’innovation".

Le Spiil appelle le Fonds Google-AIPG à tirer les enseignements de l’annonce de Google, notamment en s’ouvrant dès aujourd’hui à la presse non IPG. Alors que le Fonds Google-AIPG est officiellement prévu pour fonctionner jusque fin 2015 et sera vraisemblablement étendu sur l’année 2016, son exclusion des éditeurs non IPG paraît aujourd’hui, plus que jamais, incompréhensible.

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Contact presse :
Jean-Christophe Boulanger, président du Spiil
jcb@spiil.org
01 83 79 99 01

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