Merci à Corinne Zerbib (Jobetic) pour la rédaction de ce compte-rendu.

Réunion informelle organisée par le Bureau Provisoire du Spiil

Environ 100 personnes étaient présentes.

Présentation du Spiil

Le Président du Spiil, Maurice Botbol, présente le syndicat, les motivations qui ont poussé à cette initiative ainsi que les principaux objectifs.

Une nouvelle forme de presse a émergé ces dernières années sur Internet. Problème : cette presse n’est pas reconnue, n’a pas de statut. Elle se distingue fortement de la presse papier. Plusieurs décrets doivent être publiés dans les jours qui viennent, mais on sait déjà qu’ils seront largement insuffisants pour procurer l’ensemble des éléments de statut nécessaire à nos nouveaux média indépendants.

Cette reconnaissance de la profession est très importante car tous ceux qui communiquent sur le Net ne font pas de la presse. Il s’agit donc bel et bien d’un besoin de reconnaissance de la presse.

Les sept fondateurs ont donc décidé de se regrouper en syndicat : il s’agit d’une organisation professionnelle dont l’objectif consiste à défendre les intérêts juridiques et moraux de ses membres.

Explications du sigle :

  • Presse : nous revendiquons toute la tradition de liberté d’expression de la presse.
  • Indépendante : il n’existe pas de presse de qualité sans indépendance. Peut être multiple : capitalistique, rédactionnelle, des journalistes, de jugement ou d’opinion...
  • En ligne : capacité de produire de l’information sur le net ou autres médias.

Les membres fondateurs sont des médias généralistes, spécialisés, payants, gratuits... Tous les modèles économiques sont représentés. Ils ont en commun les valeurs de la presse indépendante et utilisent majoritairement Internet.

Commentaires des fondateurs

Chacun décline son engagement dans cette aventure.

Mediapart : il s’agit avant tout de créer un syndicat professionnel interlocuteur des pouvoirs publics.

  • Liberté : l’enjeu est de défendre la liberté de la presse sur net face aux offensives de ceux qui comparent l’internet à « un tout-à-l’égout » et de défendre le numérique qui est notre référence à tous. C’est un enjeu démocratique.
  • Egalité : c’est un point de départ. Que l’information soit généraliste ou spécialisée, l’enjeu se situe au cœur d’un secteur économique, industriel. On assiste à un bouleversement dont on ne voit que les débuts, une révolution industrielle. Il nous faut partir à armes égales et donc obtenir les mêmes droits que la presse existante. Par exemple en ce qui concerne la TVA. L’égalité est au cœur de la capacité que nous aurons à répondre à la crise économique.
  • Fraternité : l’enjeu et aussi professionnel, nous abordons un nouveau monde inconnu. Au delà des débats entre sites et des spécificités de chacun, le Spiil se veut un lieu de rencontre et d’échange, de confrontation non concurrentielle. En toute confraternité.

Slate.fr : le syndicat doit être un lieu d’échange d’expériences, qui nous permette de partir avec les mêmes moyens que presse traditionnelle.

Rue89 : nous visons la reconnaissance d’une nouvelle forme de journalisme. Dans un contexte de crise journalistique, nous pouvons renouveler le journalisme sur le Net. Contrairement aux grands groupes traditionnels qui vont sur Internet sous la contrainte, nous faisons ce nouveau métier avec enthousiasme, nous défrichons. Par ailleurs, on ne fait pas toujours la part des choses entre les forums, blogs... et la presse. Nous menons cette bataille contre une partie de la profession. Il s’agit de défendre la qualité du journalisme sur le Net.

Le Spiil se veut un lieu de débat et de concertation. La concurrence n’est pas la même sur le Net : on se soutient mutuellement, on se renvoie du trafic. La culture est différente : la concurrence existe mais aussi la collaboration.

Il faut que le Syndicat soit un lieu très ouvert. Le Spiil n’a pas pour objet la défense d’un corporatisme. Au contraire, il épouse la culture Internet : liens, renvois mutuels, partages d’expérience...

Terra Eco : nous avons besoin de ce rassemblement, car nous avons beaucoup de choses en commun, d’idées à partager. Nos modèles économiques sont divers. Pour ceux qui ont adopté le principe de l’abonnement, nous souffrons des interrogations des lecteurs sur la pérennité du site, la précarité de la presse sur Internet qui constitue un frein majeur. Notre regroupement procurera une image plus institutionnelle à nos entreprises, et donc plus pérenne.

Maurice Botbol (président du Spiil) : les adhérents sont des sites de presse, dotés d’au moins un salarié journaliste professionnel. En ce qui concerne les individus, comme les blogueurs, qui ne réunissent pas ces critères, mais qui démontrent d’une même exigence journalistique, nous avons mis en place le statut de membre associé. Il s’agit de membres à part entière, mais qui n’ont pas le droit de vote au sein du Spiil.

Depuis l’annonce du Spiil, nous avons reçu de nombreuses demandes d’adhésions de la part de sites dont les expériences sont très différentes. Elles démontrent d’une nouvelle énergie, ainsi que d’un besoin de sortir de l’isolement, notamment pour les sites de province.

Questions, interventions, débat

Le Spiil a-t-il des critères plus restrictifs que la loi ? Le secteur associatif n’a-t-il pas droit au statut de presse ? Quel statut juridique un site doit-il avoir pour pouvoir adhérer ?

Le Spiil n’est pas un syndicat de journalistes, mais d’entreprises de presse. Le Spiil se positionne comme interlocuteur de la Direction du Développement des Médias et donc dans une perspective d’intérêt général. La question de la TVA est un exemple : il ne s’agit pas d’obtenir une aide à la presse mais à la démocratie.

La création du Spiil marque l’aboutissement d’un processus mené par des acteurs qui partagent les mêmes préoccupations. Nous attendons la publication de quatre textes en consultation publique, en particulier le décret qui définit un service de presse en ligne.

Ce décret pose les règles suivantes : transparence sur le capital et les dirigeants ; un service de presse professionnel ; qui offre à titre principal un contenu de renouvellement régulier, une information vivante ; avec un contenu original - informations d’actualité et traitement à caractère journalistique et qui n’a pas pour objet de développer les transactions commerciales.

Les sites de presse en ligne souffrent d’un besoin énorme d’information sur la règlementation : impôts, Urssaf, etc. Nous allons y répondre au fur et à mesure.

Notre bataille n’est pas d’opposer amateurs contre professionnels, mais de constituer un levier.

A ce jour, nous avons reçu une cinquantaine de demandes d’adhésions, et nous avons environ 20 membres.

Pour l’instant, le droit d’entrée au Spiil a été fixé à 250 euros. La cotisation n’a pas été décidée, elle le sera lors de l’Assemblée Générale qui se déroulera dans le mois à venir.

Quid du fonds de 20 millions d’euros destiné à la presse en ligne ?

Un des objectifs essentiels du Spiil réside dans la transparence dans l’attribution des aides publiques. C’est un débat fondamental, car les subventions peuvent introduire une forte distorsion de concurrence, notamment au regard des sites de titres papier. La première mission du Spiil consiste à se battre pour une vraie libre concurrence. Et donc pour la transparence sur les critères d’attribution des aides.

Pouvons nous inventer le modèle économique qui nous permette de ne pas avoir besoin de subventions ?

Le critère de un salarié pose question, mais l’essentiel reste qu’informer c’est un métier. Etre journaliste n’est pas un privilège, c’est un devoir, une exigence. Une société de presse implique l’adoption de la convention collective des journalistes, qui est très contraignante pour l’entreprise.

Sur la question des subventions, on a d’abord mené une bataille de principe sur le statut de la presse en ligne. La question de la TVA vise l’égalité avec la presse papier. Nous n’avons pas revendiqué de subventions. Dans la presse traditionnelle, l’attribution des subventions est opaque : on ne sait pas combien a été attribué à qui. Ce n’est pas normal car ce système introduit une distorsion de concurrence. Une des missions du Spiil : veiller à la transparence dans l’attribution des aides.

Où situez-vous les blogueurs de vos sites ? Comme adhérents associés ?

Nous les représentons.

Quid des relations avec les pigistes, comptez-vous produire des barèmes pour les pigistes en ligne ? Allez-vous négocier avec les syndicats de journalistes ?

Une société de presse doit payer correctement ses pigistes ; nous voulons avoir les moyens de la qualité et de l’indépendance. Il est beaucoup trop tôt pour envisager des négociations avec les syndicats de journalistes. Mais cette question viendra à l’ordre du jour en son temps.

Quelles relations avec les autres syndicats ? Notamment avec le Geste qui soulève des problématiques similaires ?

Nous travaillons étroitement avec le Geste. Le Geste est très actif, a une démarche très structurée. D’où l’importance pour nous de nous structurer. Nous ne sommes absolument pas en opposition avec le Geste. Qui a eu le mérite de définir le statut d’éditeur en ligne. Leurs discussions avec les syndicats de journalistes sont en train d’aboutir. Mais il est aussi important de crée un syndicat de « pure players », d’où la création du Spiil qui fait valoir nos spécificités.

Quid des sites participatifs ?

Le lecteur est un fournisseur d’information, mais cette information doit être validée par les journalistes. C’est un enrichissement, pas un substitut.

Autres interventions

Le Spiil ne pourrait-il pas aussi être le lieu d’échanges, mutualisation... un syndicat 2.0 ?

Nous sommes dans une préhistoire technologique, les sites français accusent un très fort retard de développement technique. La mutualisation des labos de R&D communs serait une bonne voie car aucun d’entre nous n’a les moyens pour égaler des services comme ceux des grands médias internet internationaux.

Créer un syndicat d’éditeurs de presse en ligne, c’est très bien. De nombreux problèmes sont à résoudre, par exemple les mesures d’audience qui sont médiocres un peu partout, ou les gros problèmes concernant la publicité, puisque les espaces premium se réduisent au profit des ad-networks. D’où l’intérêt en effet d’un Syndicat 2.0 face aux syndicat traditionnels, où les gens viennent pour « tendre la sébile ».